
Dans les bassins précoces du Maroc (zones littorales, Souss sous abris et variétés à faible besoin en froid), février correspond à une phase critique où la récolte s’intensifie rapidement. La performance économique dépend alors de trois paramètres étroitement liés :
- la cadence et la régularité des passages de cueillette,
- la qualité commerciale du fruit (fermeté, bloom, homogénéité),
- la préservation du potentiel des vagues de récolte suivantes.
Contrairement à d’autres petits fruits, la myrtille est extrêmement sensible à la gestion du timing de récolte. Un décalage de 24 à 48 heures peut provoquer une chute de fermeté, une augmentation des pertes post-récolte et une exposition aux pourritures en conditions humides.
Organisation des récoltes successives
La maturation des myrtilles ne se fait jamais de manière uniforme. Sur un même plant, et parfois au sein d’un même bouquet, les fruits évoluent à des rythmes différents. Or, durant les derniers jours précédant la pleine maturité commerciale, les paramètres de qualité changent très rapidement : la fermeté diminue, les sucres augmentent et l’équilibre acido-sucré se modifie. Cette dynamique impose une organisation rigoureuse des passages de récolte. En pratique, il est nécessaire de multiplier les cueillettes rapprochées, généralement tous les deux à quatre jours selon les conditions climatiques, afin de ne prélever que les fruits arrivés au stade optimal. Le tri sélectif devient alors un levier central de la qualité, en évitant les récoltes trop massives qui mélangent fruits sous-mûrs et surmûrs, au détriment de l’homogénéité des lots.
Le stade de récolte doit également être ajusté en fonction du débouché visé. Pour les marchés d’exportation longue distance, la priorité reste la fermeté du fruit, la préservation de la pruine naturelle et la capacité à supporter les phases de transport et de stockage. À l’inverse, pour le marché local et les circuits courts, une maturité légèrement plus avancée peut être acceptée afin de valoriser le goût et l’arôme, tout en conservant un niveau minimal de fermeté et une présentation commerciale irréprochable.

Lorsque les fruits ne sont pas récoltés au bon moment, la plante subit une véritable contrainte physiologique. La surcharge de fruits mobilise une part importante des assimilats, au détriment des vagues de production suivantes. Elle favorise également la création de microclimats humides au cœur de la canopée, conditions idéales pour le développement des maladies fongiques. Enfin, la présence prolongée de fruits mûrs augmente fortement le risque d’installation de Botrytis, avec des conséquences directes sur les pertes au champ et en post-récolte.
Main-d’œuvre en période de pic
En période de forte production, la disponibilité et l’organisation de la main-d’œuvre deviennent un facteur déterminant de la réussite de la campagne. Les exploitations les plus performantes ne subissent pas le pic de récolte, elles l’anticipent. En pratique, les équipes sont mobilisées dix à quinze jours avant le maximum attendu, en tenant compte du nombre réel de plants en production, du potentiel variétal et des prévisions climatiques à court terme. Cette anticipation permet d’absorber les fluctuations de volume sans retarder les passages de cueillette. À l’inverse, un déficit de main-d’œuvre au moment critique se traduit presque toujours par des fruits laissés trop longtemps sur les plants, une baisse de qualité commerciale et, in fine, une perte directe de valeur économique.
Former rapidement
Même lorsque le rythme s’accélère, la qualité du geste de récolte reste essentielle. Quelques consignes simples, lorsqu’elles sont bien intégrées par les équipes, permettent de limiter les pertes invisibles mais coûteuses. Le fruit doit être détaché par un léger roulage, sans traction excessive, afin de préserver l’intégrité de la peau et de la pruine. Les manipulations doivent rester douces pour éviter tout écrasement dans la main. Les contenants de terrain ne doivent pas être surchargés, car le poids des fruits supérieurs provoque des blessures sur les fruits du fond. Enfin, les fruits fraîchement cueillis doivent être protégés de la chaleur et de l’humidité stagnante, deux facteurs qui accélèrent la respiration et favorisent les contaminations fongiques.
Logistique de terrain
La performance de la récolte ne s’arrête pas au dernier geste du cueilleur. La logistique joue un rôle central dans la préservation de la qualité. Il est essentiel de maintenir des circuits courts entre la parcelle et la station de conditionnement afin de limiter le temps de transit. Le pré-refroidissement rapide constitue un moyen important pour ralentir la respiration du fruit et freiner le développement des agents pathogènes. Plus le temps dit de “fruit chaud” est réduit, plus la durée de conservation et la qualité finale du lot sont sécurisées.
Indicateurs de récolte optimale
Sur le terrain, plusieurs critères simples permettent d’évaluer rapidement si la récolte est réalisée au bon stade.
– Le fruit doit présenter une couleur bleu intense, homogène, sans zones rouges résiduelles.
– La pruine naturelle doit rester intacte et bien visible.
– Le détachement doit se faire facilement, sans résistance.
– La fermeté doit être conservée au toucher léger, signe d’un bon potentiel de conservation.
– Enfin, toute odeur de fermentation constitue un signal d’alerte, indiquant une surmaturité ou un problème de gestion thermique après récolte.