
Le Maroc s’impose désormais comme un acteur incontournable du marché mondial de la framboise. La campagne 2024/25 a marqué une étape historique pour la filière avec un nouveau record en termes de volumes exportés et de recettes générées. Selon les données compilées par EastFruit, le royaume a expédié 64 400 tonnes de framboises fraîches entre juillet 2024 et juin 2025, soit une progression de 13,8 % par rapport à la saison précédente. En valeur, les exportations ont atteint 487 millions de dollars, confirmant le dynamisme de ce fruit qui se classe désormais au deuxième rang des produits horticoles marocains les plus rémunérateurs à l’export, juste derrière la tomate.
L’évolution des cinq dernières campagnes illustre la progression régulière de la framboise marocaine. En 2019/20, les volumes exportés avoisinaient 30 000 tonnes, pour des recettes inférieures à 200 millions de dollars. Depuis, la croissance est quasi continue : plus de 43 000 tonnes en 2020/21, près de 49 000 tonnes en 2021/22, puis un bond à 59 000 tonnes en 2022/23. Après un léger tassement en 2023/24, la saison 2024/25 a confirmé la capacité de la filière à franchir de nouveaux paliers, avec 64 400 tonnes et près d’un demi-milliard de dollars de recettes.
Une saisonnalité marquée
Les données mensuelles montrent que la framboise marocaine est disponible quasiment toute l’année, mais que la saison d’exportation connaît un cycle bien défini. Les volumes commencent à croître à partir de septembre, atteignent un premier palier en novembre, puis se maintiennent à des niveaux élevés jusqu’en mai. Le pic d’exportations a été enregistré en avril 2025, avec plus de 10 000 tonnes expédiées en un seul mois, ce qui illustre la puissance de l’appareil productif marocain à ce moment de l’année. En comparaison, les campagnes précédentes montraient des fluctuations plus marquées, avec parfois des replis nets en février ou mars, mais la dernière saison a mis en évidence une meilleure régularité des approvisionnements.
L’Europe en tête des destinations
Sur le plan géographique, les exportations marocaines restent largement concentrées en Europe de l’Ouest. Le Maroc s’est imposé comme un fournisseur fiable pour ces marchés, grâce à une offre régulière et à une qualité reconnue, particulièrement durant les périodes où la production locale européenne est limitée. La proximité géographique constitue un atout stratégique, permettant des livraisons rapides et réduisant les risques liés à la chaîne du froid.
Le Royaume-Uni demeure la première destination, représentant 31,1 % des volumes exportés, soit environ 20 000 tonnes pour la saison 2024/25. Depuis 2022/23, le Maroc est devenu le principal fournisseur du marché britannique, tirant parti du Brexit, qui a compliqué les échanges avec l’Espagne, ainsi que de sa capacité à garantir un approvisionnement stable, tant en volume qu’en qualité.
Il y a seulement quelques années, les framboises marocaines étaient présentes au Royaume-Uni en quantités très limitées, les exportations étant nulles lors de la campagne 2017/18. La donne a changé après le Brexit : les importateurs britanniques recherchaient activement de nouveaux fournisseurs, et les exportateurs marocains ont su occuper ce créneau avec succès. À titre d’exemple, le Royaume-Uni figurait parmi les cinq plus grands importateurs mondiaux de framboises fraîches en 2022.
L’Espagne arrive en deuxième position avec 23,4 % des volumes, suivie par les Pays-Bas (18,4 %), l’Allemagne (13,6 %) et la France (7,9 %). À eux cinq, ces pays représentent 94,4 % des exportations marocaines. Cette répartition traduit une forte dépendance vis-à-vis de quelques marchés, mais elle confirme aussi la reconnaissance de la framboise marocaine sur les principales places de consommation européennes.

Diversification des débouchés
Au-delà de ces marchés dominants, le Maroc a expédié 3 500 tonnes de framboises vers d’autres destinations en 2024/25, soit une hausse de 60 % par rapport à la campagne précédente. Parmi ces marchés secondaires, on note la montée en puissance des pays du Moyen-Orient et de la Belgique, dont les importations ont été multipliées par 2,5. Le royaume a également consolidé sa présence en Autriche et en Suisse, marchés exigeants en termes de certification et de qualité. De premiers envois expérimentaux ont eu lieu en Roumanie et même jusqu’au Royaume d’Eswatini, preuve de la volonté marocaine de tester de nouveaux débouchés. Au total, les framboises marocaines ont été exportées vers 26 pays au cours de la saison écoulée.
Fort potentiel du marché du Moyen Orient
Actuellement, le Maroc exporte des framboises fraîches vers sept pays du Moyen-Orient, avec une prédominance des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, qui représentent à eux seuls environ 75 % des expéditions régionales. Les exportations vers le Koweït ont triplé au cours des trois dernières campagnes, tandis que celles vers la Jordanie ont doublé. Les ventes vers les Émirats arabes unis ont également enregistré une progression significative de 67 % sur la même période.
Ce succès croissant s’explique par une combinaison d’atouts : une offre saisonnièrement avantageuse, une qualité de produit reconnue et des stratégies d’entrée sur le marché ciblées et efficaces.
Si le Moyen-Orient ne constitue pas encore la principale destination des framboises marocaines, la région présente un fort potentiel de croissance. Lors de la campagne 2019/20, elle ne représentait que 0,23 % des exportations totales de framboises du Maroc. Cette part est passée à 1,05 % pour 2022/23, puis à 0,93 % pour 2023/24. Pour la campagne en cours 2024/25, elle a déjà dépassé 1,5 %.
Les exportations vers le Moyen-Orient s’étalent généralement d’août à juin, avec des pics remarquables en octobre-novembre et en février-mai.
Une filière solide mais confrontée à des défis
La filière marocaine de la framboise affiche une dynamique favorable, mais elle doit relever plusieurs défis pour maintenir ce rythme de croissance. La disponibilité en eau reste un enjeu majeur, surtout dans les zones côtières où la culture sous abri est prédominante. La hausse des coûts de production – main-d’œuvre, énergie, intrants – pèse également sur les marges, tandis que la concurrence de l’Espagne et du Portugal sur les marchés européens demeure intense.
Malgré ces contraintes, le Maroc dispose d’avantages compétitifs notables : un calendrier de production étendu, des coûts relativement inférieurs à ceux de ses concurrents européens et une proximité géographique qui réduit le temps de transport vers les marchés clés. Ces atouts permettent au royaume de consolider sa position de fournisseur stratégique, notamment au Royaume-Uni et en Europe du Nord.
À moyen et long terme, la demande en framboises sur le marché européen devrait rester soutenue.
Pour préserver sa place de leader, la filière devra continuer à innover, améliorer ses rendements et diversifier ses débouchés. L’ouverture vers de nouveaux marchés hors Europe pourrait constituer une voie à explorer pour réduire la dépendance vis-à-vis de quelques pays importateurs, tandis que le développement de variétés adaptées aux nouvelles attentes, notamment en matière de conservation et de goût, renforcera l’attractivité des framboises marocaines.
Perspectives et défis pour la filière
À moyen terme, la demande européenne en framboises devrait rester soutenue, portée par la consommation croissante de petits fruits considérés comme « superfoods ». Pour le Maroc, l’enjeu sera de continuer à répondre à cette demande tout en diversifiant ses débouchés afin de réduire la dépendance à quelques marchés.
La campagne 2024/25 restera donc comme un tournant pour la framboise marocaine : un record historique en volumes et en valeur, une diversification des marchés amorcée, et une confirmation du rôle stratégique du royaume sur le marché mondial des petits fruits.
L’un des principaux atouts du Maroc réside dans la précocité de sa production. Les conditions climatiques favorables, combinées aux techniques modernes de culture sous serre et aux investissements dans la recherche variétale, offrent aux producteurs une longueur d’avance. Cette précocité permet de pénétrer les marchés européens à des périodes où les prix sont plus attractifs, avant que les productions espagnole et portugaise n’arrivent à maturité.
La filière s’appuie également sur un tissu d’exportateurs bien organisés, capables de répondre aux standards élevés des distributeurs européens. Les certifications de qualité et de durabilité, désormais incontournables, font partie intégrante de la stratégie marocaine pour consolider sa crédibilité sur les marchés internationaux.
Malgré ces points forts, la framboise marocaine fait face à des défis de taille. La pression sur les coûts de production est particulièrement forte. Les intrants agricoles, l’énergie, la main-d’œuvre et les emballages connaissent une inflation continue, ce qui affecte la rentabilité des exploitations. Par ailleurs, la rareté croissante de l’eau dans plusieurs régions productrices constitue un problème structurel. Cette contrainte pousse les agriculteurs à investir dans des systèmes d’irrigation plus performants et dans des pratiques culturales économes en ressources.
À cela s’ajoutent les exigences environnementales des clients européens, qui accordent de plus en plus d’importance aux pratiques durables. Les producteurs doivent non seulement garantir une qualité gustative et visuelle irréprochable, mais aussi démontrer leur engagement en matière de responsabilité sociale et environnementale, un critère qui devient déterminant pour sécuriser l’accès aux grandes enseignes.