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Maîtriser la pulvérisation à bas volume : les clés d’une application réussie

Maîtriser la pulvérisation à bas volume

Gagner du temps en traitant ses cultures avec des volumes réduits de bouillie est tout à fait possible… à condition de maîtriser parfaitement son matériel et d’intervenir au bon moment. Vitesse d’avancement, type de buses, hauteur de rampe, conditions d’hygrométrie : chaque paramètre compte pour garantir une répartition homogène et une efficacité optimale.

Depuis quelques années, les exploitations céréalières européennes s’orientent vers une diminution progressive des volumes de bouillie, avec un seuil généralement fixé en dessous de 100 l/ha pour parler de « bas volume ». Réduire les volumes présente, en théorie, plusieurs avantages : moins d’eau à transporter, davantage de souplesse pour intervenir rapidement, et une capacité accrue à saisir la bonne fenêtre d’application afin d’optimiser l’efficacité des produits.

Mais cette pratique exige de la rigueur. Le choix des buses, leur dimensionnement, la vitesse d’avancement ou encore les réglages de rampe doivent être adaptés avec soin pour obtenir une qualité de couverture irréprochable. Il faut également garder à l’esprit que tous les produits ne se prêtent pas de la même manière à une application en bas volume : certaines formulations ou modes d’action nécessitent des précautions spécifiques.

Les deux principaux leviers pour mettre en œuvre une réduction du volume de bouillie sont l’augmentation de la vitesse d’avancement et la réduction du débit de bouillie à la rampe (tableau 1).

Augmenter la vitesse d’avancement

Augmenter la vitesse d’avancement est un bon moyen pour traiter à bas volume, mais il faut faire attention aux problèmes de stabilité qui a un impact direct sur l’homogénéité de répartition sous la rampe. D’autre part, il est essentiel de vérifier que la régulation du pulvérisateur réagit rapidement aux variations de vitesse, notamment lors des phases d’accélération et de décélération au début et à la fin des parcelles.

Réduire le débit tout en évitant le bouchage

La réduction du débit impose naturellement l’utilisation de buses à petit calibre. Toutefois, plus le calibre diminue, plus le risque de bouchage augmente, surtout en bas volume où la bouillie est plus concentrée. Il est donc conseillé de ne pas descendre en dessous du calibre 015 (vert ISO). Une surveillance rigoureuse de la filtration s’impose également, avec un renforcement au niveau des tronçons si nécessaire.

Opter pour des buses à 80° permet de limiter les obstructions. À l’inverse, les buses à 110°, dont le jet est plus ouvert, sont plus sujettes au colmatage. Quel que soit l’angle choisi, la hauteur de pulvérisation doit impérativement être ajustée : le triple recouvrement s’obtient à environ 80 cm de la cible avec des buses à 80°, et à environ 50 cm avec des 110°. Travailler trop haut ou trop bas augmente mécaniquement le risque de dérive.

Tableau 1 : Illustration de différentes possibilités de réglages en bas volume tout en évitant le bouchage des buses et en ayant une bonne stabilité de rampe. Calculs effectués pour un pulvérisateur de 1200 l et 24 m.

Surveiller de près la qualité de couverture

La qualité de couverture dépend à la fois du volume de bouillie et de la mouillabilité des plantes. En général, plus le volume de bouillie à l’hectare augmente, plus la quantité de dépôts (ou rétention) sur les surfaces foliaires est importante. La notion de surface de couverture peut être assimilée au volume de bouillie par hectare dans le cas de plantes mouillables comme la plupart des dicotylédones. Dans ce cas, pour une même dose de matière active, la rétention de produit est constante quel que soit le volume de bouillie/ha puisque la concentration des dépôts augmente lorsque les volumes de bouillie diminuent.

Cependant, pour les plantes peu mouillables (comme la plupart des graminées), l’augmentation du volume de bouillie ne conduit qu’à une très légère augmentation de rétention. De fait, pour une même dose de matière active, les bas volumes peuvent conduire à une baisse de rétention de produit phytosanitaire.

Tableau 2 : Surface foliaire couverte selon le volume de bouillie et le calibre des buses
Tests réalisés avec des buses à fente classique basse pression. Buses utilisées à 1,5 bar de pression.

Le type de buse compte dans l’efficacité

La répartition des gouttelettes sur la surface foliaire est aussi un facteur à prendre en compte dans l’efficacité des produits. Celle-ci est influencée par le type de buse utilisé. Les buses à fente classique basse pression sont souvent utilisées en bas volume car réputées pour leurs fines gouttelettes et leur répartition homogène sur les surfaces foliaires. Cependant, selon les nombreux essais conduits par ARVALIS – Institut du végétal (France), les buses à injection d’air ne sont pas contraires à la pratique. Il en ressort que le volume de bouillie minimal par hectare se décide en fonction du mode d’action du produit et du type de buse utilisée.

Pour les produits systémiques, très sensibles aux conditions climatiques et peu sensibles à la qualité de couverture, la réduction du volume peut s’envisager jusqu’à 50 l/ha quel que soit le modèle de buse sans affecter l’efficacité des traitements. A l’inverse, les produits de contact agissent « là où ils tombent » et nécessitent une répartition homogène des impacts et la plus grande surface de couverture possible. Dans ce cas, les buses à fente classique s’utilisent avec un volume minimum de bouillie de 50 l/ha, contre au moins 80 l/ha pour les buses à injection d’air. Dans le cas de très petites cibles, le minimum sera fixé à 150 l/ha pour des buses à injections d’air et 80 l/ha avec des fentes classiques.

Viser un maximum d’hygrométrie

Les buses de petit calibre, incontournables en bas volume, sont sensibles à la dérive par formation de fines gouttelettes. C’est pourquoi, en situation de réduction de volume, il est indispensable de travailler dans des conditions climatiques optimales, c’est-à-dire avec une hygrométrie maximale et sans vent.

Quel que soit le mode d’action du produit, l’hygrométrie est primordiale pour une simple raison : elle permet d’éviter l’évaporation des gouttelettes. Pour les produits systémiques, l’hygrométrie améliore aussi le passage du produit à travers la cuticule. Cette pénétration est d’autant plus rapide que la plante est en condition « poussante », c’est-à-dire que les températures sont clémentes.

Traiter le matin ou le soir ?

Les conditions météorologiques du jour déterminent en grande partie la qualité d’un traitement. En fin d’hiver, lorsque les paramètres restent favorables tout au long de la journée, le choix du moment d’intervention est moins critique. En revanche, plus on avance dans le printemps et l’été, plus la vigilance s’impose.

Le matin et le soir constituent généralement des créneaux intéressants, mais en fin de journée, la plante peut rester affectée par le stress thermique accumulé, ce qui réduit sa réceptivité. Dans ce cas, les interventions réalisées tôt le matin — voire en fin de nuit — sont à privilégier.

Il est également important de noter que la présence de rosée constitue souvent un atout, tant pour les produits de contact que pour les produits systémiques. Elle facilite la redistribution de la bouillie sur la surface foliaire et, en dilatant légèrement la cuticule, améliore la pénétration des matières actives systémiques.

Source : ARVALIS – Institut du végétal

 

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