
Le développement rapide des cultures de fruits rouges au Maroc s’est accompagné d’une généralisation des systèmes sous abris : tunnels plastiques, serres multi-chapelles et structures semi-protégées. Ces dispositifs permettent d’anticiper les récoltes, de mieux sécuriser la qualité commerciale et d’améliorer la régularité des exportations. En contrepartie, ils créent un microclimat spécifique, souvent plus contraignant que le plein champ : pics de chaleur rapide, humidité nocturne élevée, condensation, stress lumineux et dérives plus rapides du substrat. Dans ce contexte, la biostimulation devient un atout technique complémentaire pour renforcer la résilience physiologique des plantes face aux stress abiotiques, à condition d’être intégrée dans une conduite cohérente du climat et de la fertigation.
La serre : un microclimat qui impose ses règles
Sous abris, les paramètres climatiques évoluent vite et parfois brutalement. En journée, l’effet serre accélère la montée en température, surtout lorsque l’aération est insuffisante. La nuit, le refroidissement et l’humidité relative augmentent la condensation sur le feuillage et parfois sur les fruits. À l’échelle de la plante, ces alternances perturbent l’équilibre entre photosynthèse et respiration, modifient la transpiration et compliquent la stabilité hydrique.
Sur fraise, myrtille, framboise et mûre, les conséquences se traduisent souvent par des ralentissements de croissance, une floraison moins régulière, des nouaisons plus sensibles aux « à coups » climatiques, et une augmentation de la vulnérabilité aux maladies dès que le feuillage reste mouillé longtemps.
À cela s’ajoutent les contraintes de la conduite intensive : densités élevées, irrigation fréquente, volumes racinaires réduits en hors-sol et forte dépendance au pilotage du goutte-à-goutte. Dans ces systèmes, un léger déséquilibre peut devenir pénalisant en quelques jours.
Période froide : un stress silencieux
Même sous abris, les cultures de fruits rouges restent exposées à des températures basses en hiver, notamment la nuit et lors des épisodes de froid radiatif. Contrairement aux stress thermiques estivaux, ces contraintes sont souvent sous-estimées car elles s’installent progressivement et génèrent des effets différés sur la physiologie de la plante.
À basse température, l’activité enzymatique ralentit, la croissance racinaire diminue et l’absorption des éléments nutritifs devient moins efficace. Le calcium, le magnésium et certains oligo-éléments sont particulièrement sensibles à ces conditions, ce qui peut provoquer des déséquilibres internes malgré une solution nutritive correctement formulée. La plante entre alors dans une phase de métabolisme ralenti, avec une accumulation partielle des réserves mais une capacité limitée à les mobiliser efficacement.
En culture de fraise et framboise, le froid affecte directement la dynamique florale. Une exposition prolongée à des températures basses peut retarder l’émission des hampes florales, réduire la vigueur des boutons et allonger l’intervalle entre floraison et récolte. Pour la myrtille sur substrat, la sensibilité est souvent plus marquée au niveau racinaire, avec une baisse d’activité des racines fines et une reprise plus lente lorsque les températures remontent.
Un autre effet indirect du froid concerne la gestion de l’eau. En période hivernale, les besoins hydriques diminuent, mais l’excès d’humidité dans le substrat devient plus fréquent en raison de l’évapotranspiration réduite. Cette situation favorise les conditions d’asphyxie racinaire et augmente la vulnérabilité aux pathogènes telluriques, tout en limitant la capacité de la plante à assurer une alimentation régulière.

Dans ce contexte, la biostimulation trouve un intérêt particulier en phase de sortie d’hiver. L’objectif n’est pas de forcer une reprise brutale, mais d’accompagner la réactivation progressive métallique. Le soutien de l’activité racinaire, l’amélioration de la mobilisation des réserves internes et la stabilisation des membranes cellulaires permettent à la plante de retrouver une dynamique de croissance plus homogène lorsque les températures commencent à remonter.
Cette phase de transition est importante pour la réussite de la campagne. Une reprise végétative mal synchronisée se traduit souvent par une floraison irrégulière, des vagues de production déséquilibrées et une hétérogénéité de calibre en début de saison. À l’inverse, une gestion raisonnée du froid et de la phase post-hivernale permet de sécuriser l’installation du potentiel productif pour les premières récoltes commerciales.
Renforcer la tolérance physiologique
La biostimulation vise à soutenir le fonctionnement physiologique de la plante et sa capacité d’adaptation. Elle ne se substitue pas à la fertilisation, mais agit sur des mécanismes clés : activité racinaire, efficacité d’absorption, équilibre hormonal, gestion du stress oxydatif et maintien de l’intégrité des membranes cellulaires.
Sous abris, son intérêt est particulièrement marqué parce que les stress sont souvent répétitifs et parfois « invisibles » au départ. L’objectif technique est donc d’anticiper les périodes à risque, puis d’accompagner la plante pour qu’elle reste performante malgré les fluctuations.
Gérer le stress thermique sous tunnels
L’excès de chaleur sous abris constitue un facteur limitant fréquent en fin d’hiver et au printemps, surtout lors des journées lumineuses avec peu de ventilation. Une température élevée accélère la respiration et augmente la consommation d’assimilats. Lorsque cette respiration dépasse la capacité photosynthétique, la plante entre en déficit énergétique. Les conséquences peuvent ensuite se répercuter sur la floraison, la nouaison et la qualité des fruits, notamment la fermeté et l’homogénéité.
Dans ce contexte, la biostimulation peut contribuer à améliorer la tolérance aux coups de chaleur, en soutenant l’activité métabolique et en limitant les perturbations liées au stress oxydatif. Elle participe également à préserver l’intégrité membranaire et la fonctionnalité des tissus, ce qui aide la plante à maintenir un fonctionnement plus stable pendant les phases de contrainte.
Cette logique est particulièrement pertinente dans les tunnels où les températures montent vite, parfois avant que les équipes n’aient pu corriger suffisamment l’aération.
Maîtriser le stress hydrique et osmotique
Sous tunnels, les plantes ne disposent pas d’un « tampon » naturel. Elles dépendent entièrement de la régularité de l’irrigation. Un déficit hydrique même modéré peut provoquer une fermeture stomatique et un ralentissement photosynthétique. À l’inverse, une irrigation trop fréquente sans drainage favorise une zone racinaire pauvre en oxygène, ce qui affaiblit les racines fines et rend la plante plus fragile.
Le stress osmotique est une autre contrainte majeure. Une EC trop élevée dans le substrat ou dans la zone racinaire limite l’absorption de l’eau, même lorsque le substrat est humide. La plante se comporte alors comme si elle manquait d’eau, avec un impact direct sur le calibre, la fermeté et la régularité de maturation.
La biostimulation, dans ces situations, vise surtout à soutenir l’efficacité racinaire, à favoriser la production de racines fines actives et à améliorer la capacité de la plante à réguler son équilibre hydrique. Elle ne remplace pas un bon pilotage, mais peut réduire la sensibilité aux écarts et accélérer la reprise après un épisode de stress.
Soutenir le système racinaire en hors-sol
En myrtille comme en fraise sous abris, la conduite en substrats (coco, tourbes, mélanges organiques) impose une contrainte structurante : le volume racinaire est limité et la dynamique du milieu est très rapide. Une dérive de pH, une accumulation de sels, un manque d’oxygénation ou une irrigation mal séquencée se traduit immédiatement par une baisse d’activité des racines fines.
Dans ces systèmes, la biostimulation vise à maintenir une rhizosphère fonctionnelle. Elle peut contribuer à stimuler l’activité racinaire, à soutenir les interactions bénéfiques du microbiome du substrat et à améliorer l’efficacité d’absorption. Le résultat recherché est une alimentation hydrominérale plus stable, condition indispensable pour sécuriser les récoltes successives.
Floraison, nouaison et régularité des récoltes
Sous tunnels, la phase florale est très sensible aux variations rapides du climat. Une humidité excessive, une chaleur brusque ou un déséquilibre hydrique peuvent affecter la qualité de floraison, la tenue des jeunes fruits et la régularité des vagues de production.
Une biostimulation correctement positionnée, dans une logique préventive, peut contribuer à stabiliser la physiologie pendant ces phases. L’objectif n’est pas de « forcer » la plante, mais d’améliorer sa capacité à maintenir une activité photosynthétique utile, à transloquer les assimilats vers les fruits et à réduire les chutes physiologiques des épisodes stressants.
Intégrer la biostimulation dans une stratégie globale
Sous abris, la biostimulation ne fonctionne pas isolément. Son efficacité dépend directement de la gestion du microclimat (aération, maîtrise de l’humidité, limitation de la condensation), du pilotage de l’irrigation (fréquence, drainage, cohérence avec le climat) et du contrôle du substrat (pH et EC). Les meilleurs résultats sont observés lorsque les applications sont anticipées, positionnées avant les périodes à risque, et accompagnées d’un suivi régulier des paramètres de conduite.
Adaptation aux contraintes locales
Dans plusieurs bassins marocains, la qualité de l’eau d’irrigation et la pression saline représentent des contraintes structurantes. Sous tunnels, ces dérives se manifestent plus vite. À cela s’ajoute le rayonnement élevé, parfois aggravé par l’effet de la bâche plastique, qui peut induire un stress photo-oxydatif sur les feuilles et les fruits.
Une stratégie de biostimulation bien raisonnée doit tenir compte de ces réalités. L’objectif final reste la résilience : maintenir la régularité de production, sécuriser la qualité commerciale et limiter les pertes lors des épisodes climatiques défavorables, sans créer de déséquilibres nutritionnels ou physiologiques.