La forte présence de l’Espagne au SIAM 2026 confirme encore une fois le poids de l’offre ibérique dans l’écosystème agricole régional. Installé au pôle international, le pavillon espagnol réunit de nombreux exposants actifs dans l’irrigation, la fertigation, les serres, la biotechnologie végétale, le poste-récolte, la réfrigération, la génétique animale, les équipements agricoles et les outils d’agriculture de précision. Au-delà de la vitrine commerciale, cette présence met en avant des priorités très concrètes pour le marché marocain : meilleure gestion de l’eau, usage plus efficient des intrants, modernisation des outils de production, pilotage par la donnée et essor des solutions biologiques.
La conférence organisée par ICEX mardi 21 avril en marge du salon s’inscrivait dans cette même logique. À travers les thèmes choisis, elle a donné à voir une agriculture très tournée vers les contraintes concrètes du terrain et vers la recherche de gains techniques mesurables. L’accent a été mis sur les serres, l’hydroponie, la gestion efficace de l’eau face au stress hydrique, la fertilisation raisonnée, les biotechnologies agricoles, la régénération des sols, la réfrigération, le suivi nutritionnel, ainsi que la génétique animale. À travers ces thèmes, la conférence a mis l’accent sur une agriculture plus maîtrisée, où l’eau, les intrants, le climat et la conduite des cultures sont pilotés avec davantage de précision.
L’eau reste au centre
Le premier enseignement de cette rencontre est la place centrale accordée à l’eau. Ce n’est pas un hasard. Dans le catalogue du pavillon espagnol, les solutions liées à l’irrigation, à la filtration, à l’automatisation, au traitement de l’eau et au pilotage numérique occupent déjà une place importante. Plusieurs exposants mettent en avant des approches qui visent à mieux utiliser chaque mètre cube, à mieux contrôler les apports et à réduire les pertes, que ce soit par le goutte-à-goutte, la filtration, les sondes, les automatismes ou les outils d’aide à la décision.
Dans les conditions marocaines, ce positionnement est particulièrement pertinent. La question n’est plus seulement d’irriguer, mais de piloter l’eau avec précision, en tenant compte du climat, du sol, du stade de la culture, de la qualité de l’eau et du coût énergétique. L’offre espagnole cherche de plus en plus à proposer non seulement des équipements, mais des systèmes complets de gestion.






Le pilotage de précision
Une autre tendance forte de la rencontre concerne la montée en puissance du pilotage technique. Les échanges ont montré que la performance ne repose plus seulement sur l’installation d’équipements, mais sur la capacité à les faire fonctionner de manière cohérente et précise. Irrigation, climat, nutrition et suivi des cultures sont de plus en plus abordés comme un ensemble à contrôler finement. L’objectif est de gagner en réactivité, de mieux ajuster les interventions et de sécuriser davantage la production.
Pour les producteurs marocains, cela correspond à une attente de plus en plus forte. Les marges de sécurité se réduisent, les coûts augmentent, les accidents climatiques se multiplient, et la conduite intuitive ne suffit plus toujours. Les outils de mesure et de contrôle deviennent alors des moyens de mieux arbitrer les apports, de corriger plus vite les écarts et de sécuriser le rendement comme la qualité.
Biologie et santé des sols
Les échanges ont également mis en avant un courant technique centré sur la biologie agricole, la nutrition de précision et la régénération des sols. Les interventions ont montré l’intérêt croissant pour des approches cherchant à améliorer l’efficience de la fertilisation, à mieux accompagner la plante face aux stress abiotiques et à préserver le fonctionnement biologique du sol. Il ne s’agit pas de remplacer d’un coup les schémas classiques, mais d’aller vers des conduites plus fines, où les leviers biologiques viennent compléter les pratiques habituelles.
Serres, protection et microclimat
L’agriculture protégée a également occupé une place importante dans les échanges. Les serres, les filets techniques, les agrotextiles, la gestion du climat et les équipements associés sont désormais pensés comme les composantes d’un même système de production. Dans les cultures à forte valeur, la maîtrise de l’environnement pèse directement sur la régularité, la qualité et la sécurité de conduite.
Pour le Maroc, cette question est très concrète. Dans plusieurs bassins de production, il faut composer avec les stress climatiques, la pression des insectes, les excès de rayonnement, certains épisodes pluvieux et les écarts thermiques. La serre ne se résume donc plus à une couverture. Elle s’inscrit dans un ensemble technique où le résultat dépend de la cohérence entre la structure, le climat, l’irrigation, la fertigation et la protection de la culture.
Poste-récolte et chaîne du froid
Les questions de froid, de conservation et de post-récolte étaient également présentes. Dans les filières fruits et légumes, la qualité finale dépend autant de la production que de la capacité à bien conserver, manipuler et acheminer le produit.
Dans un pays exportateur comme le Maroc, réduire les pertes, préserver la fermeté, maintenir la qualité commerciale et mieux sécuriser la chaîne logistique devient indispensable. La performance de la filière ne se joue donc pas uniquement au champ ou sous serre, mais aussi dans toutes les étapes qui suivent la récolte.
Une organisation fédératrice
L’intervention du représentant d’Agragex a permis de rappeler le rôle de cette structure, qui fédère en Espagne des fabricants et exportateurs actifs dans plusieurs branches de l’agriculture, notamment le machinisme, l’irrigation, les serres, la nutrition végétale, les équipements d’élevage et l’après-récolte. Cette présentation donnait un cadre plus large à la participation espagnole, en montrant qu’elle repose sur un tissu organisé d’entreprises couvrant des métiers complémentaires.
La place de l’élevage
Le représentant de Livestock Genetics From Spain a, de son côté, présenté une organisation tournée vers la promotion et l’exportation de la génétique animale espagnole. Son intervention a mis en avant le travail de sélection, l’amélioration continue des races, la diffusion de matériels génétiques à haute valeur et l’accompagnement technique associé. Dans une édition du SIAM placée sous le signe de la durabilité de la production animale, cette prise de parole remettait utilement l’élevage au centre du propos.
Des réponses à des besoins concrets
Au fil des échanges, plusieurs priorités se sont dégagées : mieux gérer l’eau, piloter plus finement les cultures, renforcer la maîtrise du climat sous abri, améliorer l’efficience des intrants, développer les approches biologiques et accorder plus d’attention au froid ainsi qu’au post-récolte.
Au-delà du discours institutionnel, le signal envoyé lors de cette conférence est clair. L’Espagne ne vient pas seulement avec des équipements ou des intrants. Elle vient avec un modèle agricole fondé sur l’intensification technique, l’optimisation des ressources et la recherche de régularité. Pour les professionnels marocains, l’intérêt d’une telle présence est de pouvoir lire les tendances, comparer les approches et identifier les solutions qui répondent le mieux aux réalités du terrain.


