Macfrut 2026, organisé du 21 au 23 avril au Rimini Expo Centre, a confirmé la place croissante du salon italien dans la filière mondiale des fruits et légumes. Cette 43e édition a réuni 1 400 exposants et a enregistré une progression de plus de 12 % des visiteurs et acheteurs internationaux, venus de plus de 80 pays. Le salon a également accueilli plus de 900 acheteurs qualifiés, avec plus de 5 000 rendez-vous B2B programmés et une centaine de conférences, rencontres techniques et événements professionnels.
Au-delà des chiffres, cette édition a surtout montré l’évolution du positionnement de Macfrut. Le salon ne se limite plus à une exposition commerciale. Il s’affirme comme une plateforme intégrée où se croisent production, innovation variétale, pépinières, irrigation, biosolutions, technologies numériques, post-récolte, conditionnement, logistique, distribution et nouveaux marchés. Cette approche donne une lecture assez complète des transformations en cours dans les filières fruits et légumes.
Une présence internationale renforcée
L’édition 2026 a été présentée comme l’une des plus internationales de l’histoire de Macfrut. L’appui de l’Agence italienne pour le commerce extérieur a permis de renforcer la présence de délégations étrangères et de multiplier les contacts entre exposants, acheteurs et opérateurs venus de plusieurs continents. L’Europe du Nord et de l’Est, l’Amérique latine, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie étaient bien représentés, avec une attention particulière portée aux marchés en croissance et aux nouvelles origines d’approvisionnement.
Cette dimension internationale est importante pour les opérateurs marocains. Les grands salons spécialisés sont devenus des lieux où les origines se comparent directement : qualité, régularité, calendrier, logistique, traçabilité, conformité aux cahiers des charges et capacité à répondre rapidement aux demandes des clients. Dans ce contexte, la concurrence ne se joue plus seulement sur les prix ou les volumes. Elle concerne toute l’organisation de la chaîne, depuis le choix du matériel végétal jusqu’à la qualité livrée au client final.
Toute la filière
L’un des intérêts de Macfrut 2026 a été son organisation autour de pôles complémentaires. Le pré-récolte a occupé une place importante, avec les pépinières, l’irrigation, les biosolutions, la biostimulation, l’intelligence artificielle, les capteurs, la robotique, les démonstrations en plein champ et l’agrivoltaïsme. Le post-récolte a réuni les solutions de tri, calibrage, emballage, chaîne du froid, transformation, conservation et logistique. À côté de ces espaces techniques, le salon a aussi donné de la visibilité aux fruits rouges, aux produits tropicaux, aux plantes aromatiques et médicinales, aux produits frais prêts à consommer et aux produits associés à la santé et à la naturalité.






Cette vision correspond aux besoins actuels des filières exportatrices. Le rendement au champ reste important, mais il ne suffit plus. Les performances commerciales dépendent aussi de la qualité du plant, de la conduite culturale, de la maîtrise des résidus, du respect des délais, de la rapidité du refroidissement, de la précision du tri, de la qualité de l’emballage et de la régularité des expéditions. Le produit doit arriver conforme, homogène et stable, car c’est à l’arrivée, puis en rayon, que le marché juge réellement la qualité.
Mangue et avocat
La mangue et l’avocat ont constitué l’un des grands axes de cette édition, à travers le programme Mango and Avocado Explosion. Ces deux produits ont été abordés sous plusieurs angles : marché, production, qualité, transformation, attentes des consommateurs, innovation variétale, logistique et développement de nouvelles zones de production.
Pour le Maroc, l’avocat est le sujet le plus directement concerné, compte tenu de l’essor de cette culture et de son orientation vers l’export. Les données présentées pendant le salon confirment la dynamique du marché européen. Les importations européennes d’avocat ont atteint environ 1 million de tonnes en 2025, tandis que la consommation annuelle par habitant en Europe est passée de 0,8 kg à 1,8 kg en dix ans. Cette progression montre que l’avocat n’est plus seulement un produit de niche. Il s’installe progressivement dans les habitudes de consommation, tout en restant exigeant en matière de maturité, calibre, présentation, goût et régularité.
La mangue suit également une trajectoire de croissance. Les échanges ont mis en avant un marché mondial en progression, mais encore marqué par des défis logistiques, des coûts de transport élevés, des exigences de qualité plus strictes et une nécessité de mieux positionner le produit auprès du consommateur. L’évolution du marché européen montre que les fruits tropicaux ne sont plus seulement évalués selon leur disponibilité. Leur succès dépend de plus en plus de l’expérience de consommation, de la constance qualitative et de la capacité à limiter les pertes.



Le cas méditerranéen
L’un des enseignements intéressants de Macfrut 2026 concerne l’émergence de nouvelles zones méditerranéennes dans les cultures tropicales et subtropicales. Le sud de l’Italie, notamment la Sicile, a été présenté comme une zone en développement pour la mangue et l’avocat. Cette tendance est liée à l’évolution du climat, à la demande européenne, à la recherche de circuits plus courts et à la valorisation de productions de proximité.
Pour le Maroc, cette évolution mérite attention. Elle confirme l’intérêt du marché européen pour l’avocat et certains fruits tropicaux, mais elle rappelle aussi que la concurrence peut venir d’origines proches, capables de mettre en avant la proximité, la fraîcheur, l’image méditerranéenne et la qualité. Les producteurs marocains disposent d’atouts, mais ils doivent continuer à travailler sur la régularité, la gestion de l’eau, la conduite technique, la qualité post-récolte et la construction d’une image fiable auprès des acheteurs.
Pépinière et variétés
La place accordée à Plant Nursery a été l’un des points forts de l’édition. Macfrut a consacré un espace spécifique à la filière pépinière, avec des conférences sur les nouvelles variétés, les droits de propriété végétale, les nouvelles techniques génétiques, les plants biologiques, les porte-greffes, la greffe et les fruits tropicaux. Sélectionneurs, éditeurs variétaux, pépiniéristes, producteurs, chercheurs et techniciens ont été réunis autour d’un maillon souvent sous-estimé, mais déterminant pour la performance des cultures.
Cette orientation concerne directement les producteurs marocains. Dans les cultures à forte valeur ajoutée, la qualité du plant conditionne une grande partie du résultat. Un plant homogène, sain, bien raciné, adapté au porte-greffe et au système de conduite permet de réduire les écarts de vigueur, de sécuriser l’entrée en production et de limiter une partie des risques sanitaires. À l’inverse, un mauvais départ en pépinière peut se payer pendant toute la campagne, voire pendant plusieurs années dans le cas des cultures pérennes.
Les discussions autour des porte-greffes et de la greffe sont également très actuelles. Salinité, stress hydrique, maladies telluriques, vigueur excessive ou insuffisante, homogénéité des lots et régularité de production imposent une réflexion plus fine sur le couple variété-porte-greffe. Dans ce domaine, l’innovation variétale ne doit pas être séparée de l’observation au champ, des conditions locales et de la stratégie commerciale visée.
Donnée et terrain
Macfrut 2026 a aussi mis en avant les applications de l’intelligence artificielle, de l’Internet des objets et des capteurs dans les cultures fruitières et maraîchères. Les présentations ont montré que la collecte de données en temps réel, à partir de capteurs installés dans le sol, sur les plantes ou dans l’environnement de culture, peut aider à suivre les conditions de production, détecter certains stress, réduire les coûts et mieux organiser les interventions.
L’intérêt de ces outils dépend toutefois de leur usage réel. La donnée seule ne suffit pas. Elle doit être fiable, bien collectée, correctement interprétée et reliée aux décisions agronomiques. Des capteurs peuvent mesurer l’humidité du sol, l’activité de la plante, les conditions climatiques ou certains signaux de stress, mais leur utilité dépend de la capacité de l’exploitation à transformer ces informations en actions concrètes.
Pour les exploitations marocaines, l’intérêt est réel, surtout dans les productions intensives sous abri, les vergers irrigués, les fruits rouges, l’avocat et les cultures exportatrices. L’adoption doit cependant rester progressive et pragmatique. Les outils numériques doivent d’abord aider à mieux piloter l’irrigation, la fertigation, la protection phytosanitaire, la main-d’œuvre et les opérations de récolte. Ils ne doivent pas être considérés comme une solution isolée, mais comme un appui à une conduite technique déjà bien structurée.
Biosolutions et eau
Les biosolutions ont occupé une place importante dans l’offre du salon. Elles ont été présentées en lien avec la protection des cultures, la nutrition, la biostimulation, le suivi des cultures et les technologies numériques. Cette évolution traduit un changement de marché. Les biosolutions ne sont plus seulement proposées comme alternatives ponctuelles aux produits conventionnels. Elles sont de plus en plus intégrées dans des programmes combinant prévention, observation, nutrition raisonnée, stimulation des défenses de la plante et réduction des risques de résidus.
Cette évolution intéresse directement les producteurs marocains soumis aux exigences des marchés d’exportation. Les filières tomate, fruits rouges, agrumes, raisin de table et avocat doivent composer avec des cahiers des charges stricts, des restrictions sur certaines matières actives, une pression croissante des ravageurs et maladies, et une forte sensibilité des clients sur les résidus. Les biosolutions peuvent aider, mais leur efficacité dépend du bon positionnement, du niveau de pression parasitaire, de la qualité d’application, des conditions climatiques et de leur cohérence avec le reste du programme technique.
La biostimulation répond aussi à un besoin de plus en plus visible. Les cultures sont exposées à des stress hydriques, thermiques et salins plus fréquents. Les producteurs cherchent des outils capables d’aider la plante à mieux supporter ces contraintes, sans promettre des résultats irréalistes.
L’eau reste un autre sujet majeur. À travers les espaces dédiés à l’irrigation et aux technologies de production, Macfrut a rappelé que la compétitivité des fruits et légumes dépend de plus en plus de la précision dans la gestion hydrique. L’irrigation n’est plus seulement une question d’équipement. Elle concerne aussi le pilotage, la filtration, la fertigation, l’énergie, la maintenance, la qualité de l’eau et l’interprétation des besoins réels de la culture. Pour les pays méditerranéens, cette approche est déterminante.
La rareté de l’eau, la salinité, l’augmentation du coût de l’énergie et la pression sur les rendements imposent de mieux valoriser chaque mètre cube. Les solutions présentées dans les salons internationaux montrent une tendance nette : les systèmes d’irrigation doivent être associés à des mesures, à des réglages précis et à une gestion régulière. Le goutte-à-goutte ne suffit pas à lui seul si le réseau est mal entretenu, si la filtration est insuffisante, si les apports ne sont pas adaptés aux stades de la culture ou si la fertigation n’est pas suivie avec rigueur.
Post-récolte et valeur
Macfrut a accordé une place importante au post-récolte, avec des solutions de tri, calibrage, emballage, transformation, conservation, chaîne du froid et logistique. Pour les fruits et légumes frais, la valeur se construit au champ, mais elle peut se perdre très vite après la récolte. Température, délai de refroidissement, humidité, chocs, maturité, emballage et régularité du tri jouent un rôle déterminant dans la qualité finale.
Les marchés européens jugent le produit à l’arrivée, puis en rayon. La maîtrise du post-récolte devient donc un facteur direct de compétitivité. Les investissements dans le froid, le tri optique, les emballages adaptés, les procédés de conservation et l’organisation des flux ne sont plus réservés aux grands groupes. Ils deviennent progressivement nécessaires pour répondre aux exigences des clients et limiter les pertes.
Le salon a aussi mis en avant les technologies de transformation des produits tropicaux, notamment pour la mangue et l’avocat. Les procédés à faible impact thermique, comme les UV-C, la lumière pulsée, le plasma froid, les hautes pressions, les ultrasons, l’ozone et l’eau électrolysée, ont été présentés comme des moyens d’améliorer la qualité et de prolonger la durée de vie des produits transformés ou prêts à consommer. Pour les pays producteurs, ces techniques ouvrent des pistes de valorisation des écarts de tri, de réduction des pertes et de développement de produits à plus forte valeur ajoutée.
Fruits rouges et tomate
La place accordée aux fruits rouges confirme l’importance de cette filière dans les échanges internationaux. Myrtille, framboise et fraise sont devenues des cultures très techniques, liées à l’innovation variétale, à la qualité du plant, à la conduite sous abri, au choix du substrat, à l’organisation de la récolte, à la disponibilité de la main-d’œuvre et à la rapidité du refroidissement. La compétition ne se fait plus seulement sur les volumes. Elle porte sur la qualité gustative, la fermeté, la durée de vie, la présentation et la régularité des expéditions.
Pour le Maroc, cette lecture est particulièrement utile. Les fruits rouges font partie des filières les plus exposées aux attentes des marchés européens. La réussite repose sur une coordination fine entre pépinière, production, récolte, station, emballage et transport. La variété doit être choisie en fonction du marché, mais aussi de la zone de production, du calendrier visé, des capacités de récolte et de la tenue post-récolte.
La tomate reste également une filière de référence pour comprendre l’évolution des marchés. Les espaces consacrés à cette culture ont mis l’accent sur la relation entre innovation variétale, attentes des consommateurs, comportement d’achat et segmentation. La tomate n’est plus considérée comme un produit unique. Elle se décline en types, usages, goûts, calibres, couleurs, formes et niveaux de fermeté. Les distributeurs recherchent des produits différenciés, mais aussi homogènes, réguliers et capables de bien tenir dans les circuits commerciaux.
Le marché demande des tomates plus différenciées, mais aussi plus homogènes. La qualité gustative revient dans les discussions, sans faire disparaître les exigences de fermeté, conservation, résistance au transport et présentation. Les contraintes sanitaires, notamment les virus et les maladies émergentes, renforcent encore l’importance du choix variétal, de la qualité du plant, de l’hygiène en pépinière et en serre, et de la discipline technique tout au long du cycle.
Plantes et santé
Le salon a également donné une visibilité aux plantes aromatiques, aux épices, aux herbes, aux plantes médicinales et aux produits frais ou transformés associés à une image de santé. Ce volet peut intéresser plusieurs opérateurs marocains. Le Maroc dispose d’un potentiel reconnu dans les plantes aromatiques et médicinales, les herbes fraîches, certains produits biologiques et les cultures destinées à des marchés de niche ou à plus forte valeur ajoutée.
L’évolution de la demande montre que les consommateurs recherchent des produits pratiques, sûrs, bien présentés et porteurs d’une valeur d’usage claire. Les produits frais prêts à l’emploi, les herbes conditionnées, les mélanges, les produits peu transformés et certaines préparations végétales se développent dans la distribution et la restauration. Ce marché exige cependant une grande rigueur en matière d’hygiène, traçabilité, conservation, emballage et régularité.
Cap sur 2027
Le bilan de Macfrut 2026 confirme une orientation claire : le salon veut renforcer son rôle de plateforme internationale pour toute la filière fruits et légumes, avec une attention croissante au pré-récolte, à l’innovation technique et aux relations B2B. Les organisateurs ont déjà annoncé la prochaine édition, prévue du 20 au 22 avril 2027, ainsi qu’un projet d’accord stratégique avec Informa, organisateur de Growtech, afin de renforcer davantage le segment pré-récolte.


